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24mar/120

Antoine de Brabandere chante les tables de multiplication

Marco Rosano & Antoine de Brabandère

Il fallait oser sortir un CD à partir d'une leçon, avouons-le, rébarbative. Et pourtant... Ça marche ! Psychopédagogue, enseignant et pianiste, Antoine de Brabandère, Néo-louvaniste de 48 ans, propose un album entraînant de chiffres pour les élèves du primaire. Un concept didactique unique en Belgique francophone...

Depuis tout jeune, Antoine de Brabandère baigne dans une famille d'artistes. La convergence de ses diverses formations l'ont amené à prendre la direction des spectacles pédagogiques musicaux qu'il dispense dans les écoles primaires. "Quand j'ai suivi mes études d'enseignant, je me suis rendu compte que je n'avais pas intégré certaines matières et que j'avais un cerveau créatif très stimulé par les sons." Il reconnaît volontiers qu'il éprouvait des difficultés avec les tables de multiplication. Tout comme ses enfants, qui l'ont inspiré dans ce projet. Il a travaillé deux ans sur le CD avec le compositeur Marco Rosano. "Le plus dur, c'était de faire passer une émotion dans la litanie des tables par des phrasés naturels."

Résultat : des tables et des calculs sur fond de valse, de rock, de slow, d'électro-pop, avec les voix de 4 des 6 enfants d'Antoine de Brabandère et des 2 enfants de Marco Rosano pour les chœurs. La table de 7 posant problème pour les enfants, elle est chantées sur le style du slow "pour qu'on ait le temps de penser à la réponse".

Selon Antoine de Brabandère, toutes les générations apprécient ce disque en raison de la variété des émotions, des mélodies, de sorte qu'il n'y a pas de lassitude et pas d'amalgame entre deux tables. "Des grands-parents s'adressent à moi pour se le procurer. On a l'impression qu'ils compatissent pour leurs petits-enfants en difficulté !" Notre artiste-pédagogue se dit ravi du chemin parcouru. "Ce CD, c'est un peu un conte de fée au niveau de la consécration qu'il m'apporte. C'est une satisfaction énorme de voir le bonheur qu'il procure aux gens."

Antoine de Brabandère planche sur un album reprenant les compétences à acquérir en fin de 6ème primaire en néerlandais pour les francophones et sur l'enregistrement d'un disque de grammaire. Autre projet : décliner le CD des tables en une version pour la France où la litanie est inversée. Ici, on multiplie 1x2, 2x2, 3x2 ; là, c'est 2x1, 2x2, 2x3 ...

Infos : www.enchantant.be

Source : PlusMagazine ; n° 281 : Avril 2012, p.16

Vous pourrez retrouver Antoine et les enfants pour un
Showcase exclusif à la librairie Molière
LE 21 AVRIL à 15H00
(L'évènement sur FaceBook )

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17août/110

Le rentrée littéraire se passe aussi au Grenier de Molière

Un petit aperçu de ce qui vous attend à la rentrée :

Samedi 10 septembre à 15h00 [Rencontre du Grenier] ALIOCHA VANDAMME ; « la Confession de Charleroi » ;

Dimanche 11 septembre : Ouverture exceptionnelle de votre librairie Molière ;

Vendredi 16 septembre à 15h30 [Dédicace BD] ADAM ; « Game Over » ;

Mercredi 5 octobre à 20h00 : PIERRE PIRARD ; « Vous n’êtes pas des élèves de merde » (en coll. avec le CAL);

Jeudi 6 octobre à 20h00 [Rencontre du Grenier] ARMEL JOB;

Vendredi 14 octobre à 20h00 [Rencontre du Grenier] NICOLE ROLAND ; « Kosaburo, 1945 »;

Vendredi 21 octobre à 20h00 [Rencontre du Grenier] SYLVIA PARDI ; l’Astronomie dans l’Ancienne Égypte;

Jeudi 17 novembre à 20h00 [Rencontre du Grenier] PHILIPPE BRUNET : l’Iliade (nouvelle traduction);

Samedi 10 décembre à 15h00 [Rencontre du Grenier] CHARLES MÉRIAUX ; « la France avant la France »

Et bientôt d'autres dates...

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22juin/110

Charleroi, le monde « en couleurs »

"Vers Charleroi, le Pays Noir se fait plus fébrile, les usines se multiplient, le tumulte augmente, et les fumées, et les vénéneuses odeurs d'acides, de minerais, de métal chaud. La Sambre ondule comme un lent serpent, luisant, visqueux, les canaux sont noirs, leur eau lourde et grasse d'avoir purgé l'acier, refroidi la fonte, rincé les égoûts des tréfileries et des laminoirs. Des grues se dandinent, ouvrant et fermant avec une avidité stupide leurs énormes mâchoires. Des treuils dévident et enroulent des câbles sur lesquels filent, suspendus, des chariots. Des scories dévalent bruyamment le long de conduites de zinc ou de ciment qui enjambent la route. Des vapeurs rousses et grises pèsent sur la ronflante activité des ateliers.

"Sites brutaux!
soupire le doux Verlaine
"Oh ! votre haleine,
"Sueur humaine,
"Cris des métaux !"

Et le soir n'apporte aucune paix, le brasier semble alors plus ardent, rougeoit, lance de longs jets gazeux, crache la flamme par le gueuloir des hauts fournaux. L'enfer industriel gronde, cogne, chuinte, ahanne d'un énorme effort, produit... Le matériel aurait besoin d'être modernisé, les mines s'appauvrissent, et demain l'activité industrielle de la Belgique se déplacera vers le Limbourg. Mais le bassin de Hainaut a été depuis près d'un siècle la grande richesse du royaume. Si une inquiétude commence à peser sur le Pays Noir, l'ouvrier en bleu, en casquette, le puddleur, le tréfileur, le fondeur ne la ressent pas encore. Il gagne bien sa vie, des organisations syndicales ont garanti son salaire et ses heures de repos, il a chez lui du beurre, du lard, du café toujours tiède sur le poêle, et Charleroi est une ville gaie, vivante, pleine de brasseries, de cinémas, on y joue à la balle, à la crosse,  aux fléchettes, aux cartes en écoutant la T.S.F., on y parie sur les colombs.

Qu'on n'y cherche pas une église ancienne, un reflet du passé. Charleroi n'en a pas, c'est une ville artificielle, créée jadis de toutes pièces par un ministre du roi d'Espagne Charles II, qui lui donna son nom. Mais la forteresse était à peine achevée qu'elle était prise, sans coup férir, par Louis XIV. Personne n'y voulait habiter, il dut offrir des privilèges pour peupler la ville haute bâtie autour d'un église et d'un couvent, et l'esplanade de la ville basse. Longtemps ville de garnison, assez morose, Charleroi doit tout à l'industrie, et si elle est orgueilleuse, d'ailleurs avec raison, c'est de son Université du Travail, qui forme les techniciens et les chefs d'équipe et donne à l'ouvrier ses titres de noblesse.

Avec le soin et l'affabilité des femmes laides, qui savent souvent se rendre plus aimables que les jolies, Charleroi s'est donné des squares bien tenus, des avenues larges, des édifices cossus. Ses nuits sont animées, ses plus pauvres quartier égayés par un humour gouailleur, le verbe haut de ses commères, et les trilles des oiseaux en cage, à qui on a crevé les yeux mais qu'on cajole et gave d'os de sèche et de mouron, qu'on engage dans des concours qui passionnent toute la ville. Fanfares et chorales aux longs banquets bruyants, arrosés de bonne bière et plus volontiers encore de bourgogne, dont les gens de Charleroi sont si amateurs que des équipes se sont constituées pour se signaler les meilleurs crus.

Bals de faubourg au son de l'accordéon ou du piano mécanique. Comme le pinson dans sa cage de jonc, Charleroi siffle gaiement au cœur du Pays Noir."

par Suzanne Chantal, extrait de "Le Benelux, Belgique, Nederland, Luxembourg. Le Monde en Couleurs" aux éditions Odé Paris, paru en 1948.

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