Librairie Molière :: Blog La plus grande librairie de Wallonie

11mai/120

Saint-Maman

Oyez, oyez les enfants!

Voici venu le temps de fêter votre maman. Mais malheureusement pour vous, vous avez passé l'âge des colliers de nouilles, des porte-bics en rouleaux de papier toilette, des cendriers en pâte à sel et autres bricolages dans lesquels resplendissait votre créativité et qui  arrachaient un sourire ému à votre maman.  Heureusement, aujourd'hui, Molière est là pour vous sauver la vie.

Même si, évidemment, votre maman sera toujours heureuse de humer les pages des livres de cuisine, de ménage et autres romans d'amour qui exaltent sa féminité ;  si vous désirez cette année battre le petit dernier de la famille qui trouve toujours le cadeau idéal et vous vole toujours la vedette, voici déjà quelques idées pour vous donner l'inspiration :

Pour la maman psychopathe :

  • "Au delà du mal" (S. Stevens ; Sonatine ; 26,40 €)
  • "Le dévouement du suspect X " (K. Higashino ; Actes Sud ; 21,30 €)
  • "L'Invisible" (R. Pobi ; Sonatine ; 23,95 €)

Pour la maman vampire :

  • "Dark Shadows" (L. Parker ; M. Lafon ; 21,40 €)
  • "Entretien avec un vampire" (A. Rice ; Plon ; 21.40 €)
  • "Le livre perdu des sortilèges" (D. Harkness ;  Livre de Poche ; 9.50 €)

Pour la maman romantique :

  • "Les lettres du mercredi" (J. F. Wright ; City ; 8.30 €)
  • "La vie et moi" (C. Ahern ; Flammarion ; 19.90 €)
  • "La vie romantique d'Alice B" (M. Gideon ; Fleuve Noir ; 22.70 €)

Pour la maman historienne :

  • "Femmes de dictateur 2" (D. Ducret ; Perrin ; 23.70 €)
  • "Isis l'éternelle" (F. Quentin ; A. Michel ; 21 €)

Pour la maman "alternative" :

  • "Le guide de l'amateur de Malt whisky" (M. Jackson ; Solar ; 33,70 €)
  • Cigares (G. Tesson ; Hachette ; 28,20 €)

Pour la maman psychologue :

  • "Opération bonheur" (G. Rubin ; Belfond ; 21,70 €)
  • "De l'Amour" (R. Vaneigem ; Cherche- Midi ; 21,65 €)

Pour la maman dépassée :

  • "J'ai tout essayé "(I. Filliozat et A. Dubois ; Lattès ; 19,65 €)
  • "Calme et attentif comme une grenouille" (E. Snel ; Arènes ; 24,80 €)

Pour la maman bédéphile

  • "Une nuit à Rome" (Jim ; Bamboo ; 18.20 €)
  • "Restons calmes" (S. Bravi ; Casterman ; 15.00 €)

 Si votre maman ne  possède aucun de ces traits distinctifs, car -  comme chaque enfant le sait -  elle est unique, Molière pourra vous aider à trouver encore un million d'idées et dénicher le cadeau parfait pour l'auteur de vos jours.

Alors, plus de temps à perdre, foncez nous voir !

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11mai/122

Le distributeur de livres

Une idée de Novel Idea

Un concept viable d'après vous ?
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11mai/120

L’auteur de «Max et les Maximonstres» est allé se coucher

Le mythique Maurice Sendak est décédé à l'âge de 83 ans. Dans ses contes, il avait su montrer que l'existence est aussi angoissante pour les petits que pour les grands.

 

L'auteur et illustrateur Maurice Sendak est décédé mardi 8 mai à l'âge de 83 ans. (Sipa)

 

L’auteur et illustrateur Maurice Sendak est décédé au matin du mardi 8 mai 2012, des suites d’une congestion cérébrale, à Danbury, dans le Connecticut. Il avait 83 ans. Depuis les années 1960 et la parution de «Max et les Maximonstres», il avait contribué à sortir les livres pour enfants de la déprimante niaiserie qui a trop souvent caractérisé le genre.

Sendak naît à Brooklyn en 1928, dans une famille modeste de juifs polonais. Son enfance et sa jeunesse sont marquées par les drames de l’histoire, la crise de 1929, la Shoah qui frappera une partie de sa famille. Il est un enfant malade, qui doit garder le lit pendant de nombreux mois, et angoissé: il confiera par exemple à plusieurs reprises la terreur qu’il a ressentie après le kidnapping et l’assassinat du petit enfant de l’aviateur Charles Lindbergh – fait divers qui défraie la chronique tout au long des années 1930, au point d’être considéré par le journaliste Henry Mencken comme «la plus grosse histoire depuis la Résurrection». On retrouve d’ailleurs certains motifs de l’affaire dans l’œuvre de Sendak.

Maurice Sendak commence sa carrière à la fin des années 1940 dans un magasin de jouets, ce qui lui permet de rencontrer une éditrice de livres pour la jeunesse. Dans les années 1950, il illustre un certain nombre d’ouvrages, dont un de Marcel Aymé. La consécration vient lorsqu’il devient auteur en 1963 avec «Where The Wild Things Are», traduit en français sous le titre «Max et les Maximonstres».

A moins d’être un septuagénaire qui n’a jamais croisé un seul enfant depuis quarante ans, vous en connaissez l’histoire: le petit Max, qui a revêtu un costume de bête poilue, est envoyé au lit par sa mère, sans avoir soupé, en se faisant traiter de monstre; il va dans sa chambre, qui se transforme alors en forêt peuplée de monstres grotesques et complètement fous, de créatures velues et griffues, d’animaux égocentriques à grosses têtes. Il devient leur roi et leur annonce: «Nous allons faire une fête épouvantable.»

L’ouvrage emporte un succès écrasant auprès des enfants, mais n’est pas apprécié par tout le monde. Certains libraires le refusent. Les psys le jugent nocifs – en France aussi, on se souviendra que Françoise Dolto en déconseille la lecture et le trouve trop effrayant.

Malgré cette docte opposition, «Max et les Maximonstres» est une révolution. Comme toute révolution est un retour à un point de départ, le livre plonge à nouveau la littérature enfatine dans un trouble inquiétant qui rappelle les frères Grimm ou Lewis Carroll. Désormais, on ne donne plus impunément à lire aux petits des livres gourdiflots pour salles d’attente de département pédiatrie.

Avec «Max et les Maximonstres», Sendak rappelle aux adultes que les enfants sont comme eux: ils sont terrifiés sans savoir ce qui les terrifie, ils tentent eux aussi de survivre. Ils savent que les hommes meurent, et qu’avant de mourir ils ne vivent pas vraiment. Ils sont eux aussi tiraillés entre la recherche d’une aventure qui vaille d’être vécue et la peur de perdre le petit confort que le destin leur a accordé.

Les enfants aussi savent que l’amour est une drôle de chose. Dans «Quand papa était loin», une fillette nommée Ida a la charge de sa petite sœur. Celle-ci se fait kidnapper par des gobelins. Ida part à sa recherche, mais à contre-cœur. Elle l’oublie d’ailleurs vite et ne pense qu’à s’amuser dans son arrière-monde fantasmagorique. Les gosses de Sendak sont frappés par une mélancolie inexplicable. Comme son petit Max, ils veulent être aimés mais savent qu’ils ne le seront jamais que par eux-mêmes. Comme son petit Pierre, ils se foutent de presque tout et ne se privent pas de le dire.

Sendak censuré


A quelques reprises, et malgré la réputation élogieuse dont jouit Sendak, cette représentation sombre de l’enfance l’expose à la censure. Au début des années 1970, il publie «In the Night Kitchen», traduit chez nous en «Cuisine de nuit». Le petit héros est représenté nu. Cette audace vaut au livre d’être interdit dans plusieurs états américains. Des libraires vont jusqu’à gribouiller une couche sur le sexe du héros.

Un des plus grands mérites de Sendak est de n’avoir jamais contracté cette maladie qui frappe beaucoup d’auteurs de livres pour la jeunesse, cette idéalisation gagatisante de l’innocence des petits. Le «New York Times» raconte qu’il n’hésite jamais à se moquer des lettres ridicules que les écoliers lui envoient sur ordre de leurs maîtresses. Les mômes de ses contes ressemblent aux vrais enfants. Ils sont égocentriques et insupportables, comme les monstres qui peuplent leurs chambres.

Dans les années 1980, Sendak s’intéresse à l’opéra. Il monte «Casse-noisette», «la Flûte enchantée» ou «Hansel et Gretel». Cela le mènera à donner en 2003 une adaptation de «Brundibar», l’opéra du tchèque Hans Krasa, évocation satirique de la tyrannie hitlérienne interprétée pour la première fois en 1943 par les enfants du camp de concentration de Theresienstadt.

En 2009, Spike Jonze et Dave Eggers adaptent «Max» au cinéma et réactualisent l’univers très sixties de Sendak. C’est une adaptation intelligente, à la fois libre et fidèle. Les deux artistes comprennent que la mort est au centre du récit: on y voit Max somnoler à l’école et sortir de sa torpeur lorsqu’il apprend que soleil va mourir – et que l’humanité disparaîtra avec lui.

 Sendak, à ce moment-là, est déjà très âgé. Il vit, reclus et solitaire, dans sa maison de Ridgefield, Connecticut, où il écoute Mozart et relit Melville. En 2007, deux ans plus tôt, il a perdu son compagnon de presque toujours, le psychanalyste Eugene Glynn. Il a révélé en 2008 qu’il était gay et que ses parents ne l’ont jamais su.

Il travaille sur un livre qui sortira en septembre 2011, «Bumble-Ardy», le premier depuis une trentaine d’années. Cela raconte l’histoire d'un enfant-porc dont les parents ont été mangés, et qui s’organise une fête d’anniversaire démente. Il écrit et illustre un poème sur l’amour qu’il porte à son frère Jack. Le livre devrait sortir au début de l’année 2013. Il sait qu’il va mourir. Il dit: «Je suis prêt.»

David Caviglioli via BibliObs

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4avr/120

Le Goncourt du premier roman récompense un sauvage

Né en 1959 au Cannet, FRANCOIS GARDE a remporté le Goncourt du premier roman 2012 avec "Ce qu'il advint du sauvage blanc" (Gallimard). (©C. Hélie-Gallimard)

Le lauréat 2012 s'appelle François Garde, son premier roman raconte «Ce qu'il advint du sauvage blanc».

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26mar/120

Tête de lard toi-même

En 1998, les Editions Thierry Magnier lancent une nouvelle collection d'albums carrés tout carton complètement déjantés pour les petits à partir de 3 ans. Antonin Louchard, écrivain prolifique mais également dessinateur et peintre, prend la direction de la collection dont il écrira et dessinera par la suite plusieurs titres (entre autres "La promenade de Flaubert", "sur la bouche" ou "sur le nez!" (respectivement livre à embrasser, et livre à taper)).

Tantôt poétiques, tantôt désopilantes, ces petites histoires raviront les petits (et les grands aussi). Parmi toutes ces merveilles, nous pouvons retenir : "Herman et Dominique", qui dépeint la vie trépidante d'Herman et de sa moule domestique ; "Pourquôôââ", dans lequel on découvre l'insatiable curiosité d'une petite grenouille ou encore "la planète bizarre", sur laquelle les vaches vivent dans les arbres et les chats pondent des oeufs.

Mais notre grand préféré reste "Léon l'étron", qui raconte, en vers, les déboires et désespoirs d'un caca dépressif.

Plus solides car cartonnés, ces albums sont conçus pour être tenus par l'enfant. Ils sont imprimés en Europe (et pas en Chine) et couvert d'un vernis comestible, donc non-toxique.

En ce moment et jusqu'à épuisement des stocks, un poster tiré de "sur le nez !" est offert à l'achat de deux volumes.

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24mar/120

Antoine de Brabandere chante les tables de multiplication

Marco Rosano & Antoine de Brabandère

Il fallait oser sortir un CD à partir d'une leçon, avouons-le, rébarbative. Et pourtant... Ça marche ! Psychopédagogue, enseignant et pianiste, Antoine de Brabandère, Néo-louvaniste de 48 ans, propose un album entraînant de chiffres pour les élèves du primaire. Un concept didactique unique en Belgique francophone...

Depuis tout jeune, Antoine de Brabandère baigne dans une famille d'artistes. La convergence de ses diverses formations l'ont amené à prendre la direction des spectacles pédagogiques musicaux qu'il dispense dans les écoles primaires. "Quand j'ai suivi mes études d'enseignant, je me suis rendu compte que je n'avais pas intégré certaines matières et que j'avais un cerveau créatif très stimulé par les sons." Il reconnaît volontiers qu'il éprouvait des difficultés avec les tables de multiplication. Tout comme ses enfants, qui l'ont inspiré dans ce projet. Il a travaillé deux ans sur le CD avec le compositeur Marco Rosano. "Le plus dur, c'était de faire passer une émotion dans la litanie des tables par des phrasés naturels."

Résultat : des tables et des calculs sur fond de valse, de rock, de slow, d'électro-pop, avec les voix de 4 des 6 enfants d'Antoine de Brabandère et des 2 enfants de Marco Rosano pour les chœurs. La table de 7 posant problème pour les enfants, elle est chantées sur le style du slow "pour qu'on ait le temps de penser à la réponse".

Selon Antoine de Brabandère, toutes les générations apprécient ce disque en raison de la variété des émotions, des mélodies, de sorte qu'il n'y a pas de lassitude et pas d'amalgame entre deux tables. "Des grands-parents s'adressent à moi pour se le procurer. On a l'impression qu'ils compatissent pour leurs petits-enfants en difficulté !" Notre artiste-pédagogue se dit ravi du chemin parcouru. "Ce CD, c'est un peu un conte de fée au niveau de la consécration qu'il m'apporte. C'est une satisfaction énorme de voir le bonheur qu'il procure aux gens."

Antoine de Brabandère planche sur un album reprenant les compétences à acquérir en fin de 6ème primaire en néerlandais pour les francophones et sur l'enregistrement d'un disque de grammaire. Autre projet : décliner le CD des tables en une version pour la France où la litanie est inversée. Ici, on multiplie 1x2, 2x2, 3x2 ; là, c'est 2x1, 2x2, 2x3 ...

Infos : www.enchantant.be

Source : PlusMagazine ; n° 281 : Avril 2012, p.16

Vous pourrez retrouver Antoine et les enfants pour un
Showcase exclusif à la librairie Molière
LE 21 AVRIL à 15H00
(L'évènement sur FaceBook )

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8mar/121

[Fantasy] La Roue du Temps : chronique d’une renaissance (1/3)

Il y a des livres qui marquent, des références mondiales qui laissent une trace dans un genre littéraire. Pas seulement parce que le succès est au rendez-vous, mais parce que l'auteur y a mis tout son cœur, toute son énergie et son savoir, une sorte de joyau poli des années durant avant d'enfin le laisser briller au feu dévorant des lecteurs. Le cycle de la Roue du Temps de Robert Jordan est de ceux-là, une épopée de fantasy qui transcende toutes les autres, à l'instar du Seigneur des Anneaux. Célébré et reconnu partout ailleurs dans le monde depuis des décennies (plus de 80 millions d'exemplaires vendus), la Roue du Temps n'avait jusqu'à présent reçu qu'une succès d'estime chez nous, uniquement chez les connaisseurs du genre.

Mais la Roue Tourne, comme le dit Jordan, et les choses changent. Les éditions Bragelonne, leader incontesté de la SFFF adulte, ont décidé, pour des raisons que nous détaillerons, de ressortir cette épopée mythique. Un événement pareil, pour les amateurs du genre, mérite qu'on s'y attarde. Nous consacrerons donc trois articles à ce sujet, un chaque jeudi jusqu'à sa sortie le 23 mars. Au menu de cette semaine, une présentation du premier tome, de son auteur et de son style.

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1mar/120

PRIX PREMIERE 2012 !

Le verdict vient de tomber ! C'est Virginie Deloffre, qui a remporté le Prix Première 2012, avec Lena, roman paru aux éditions Albin Michel. Ce prix a été décerné comme d'habitude à la Foire du livre de Bruxelles sur le site Tour & Taxis.

 Son livre a été choisi par un jury d'auditeurs, parmi 19 premiers romans francophones.

 (rtbf.be info)

 

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24fév/120

L’inculture des lettrés

Les gens ont tendance à prêcher pour leur paroisse, les littéraires plus que les autres. Un littéraire ne peut concevoir qu'on puisse vivre sans lire. Mais il lui vient rarement à l'esprit que de vivre sans connaître les principes élémentaires de la physique, des mathématiques ou de la chimie peut être tout aussi affligeant. Il dénonce sans cesse le peu d'espace médiatique accordé à «sa» culture, il oublie qu'il partage cette disette avec les sciences, tout aussi absentes dans le discours public.

Voilà ce qui consterne Normand Baillargeon, auteur de l'essai Liliane est au lycée qui pose cette question provocatrice: est-il indispensable d'être cultivé? Ce qu'interroge en fait l'essayiste est cette idée que l'on se fait de la fameuse culture générale réduite uniquement au champ des sciences humaines, et cette frontière entre les humanités et les sciences. Il fut un temps où l'homme dit cultivé couvrait tous les champs du savoir - Léonard de Vinci en est l'exemple parfait - mais le monde complexe d'aujourd'hui exige des spécialistes, ce qui rend difficile l'ambition d'un savoir universel.

Certains lettrés apprendront dans ce livre un nouveau mot: innumérisme. C'est l'équivalent de l'illettrisme, mais dans le domaine des maths. Et parions qu'un nombre assez important de gens cultivés ont des maths une connaissance qui ne dépasse pas celles d'un élève de 6e année. Et pas seulement des maths, d'ailleurs. Malgré les progrès techniques et scientifiques qui ont complètement transformé nos modes de vie au XXe siècle, nous avons beau nous sentir modernes et branchés avec nos gadgets, notre culture scientifique n'a pas beaucoup évolué depuis le Moyen Âge. Cela ne vous empêchera pas d'écrire une chronique littéraire tous les samedis dans un grand quotidien, remarquez, mais cela devrait vous ramener à l'humilité nécessaire lorsqu'il est question de culture.

On voit souvent, dans les débats télévisés, ces affrontements entre des spécialistes et des gens cultivés, dont les grandes idées humanistes viennent se fracasser contre le mur imperturbable des chiffres, dans un dialogue de sourds. Les sciences pures contre les idées impures en raison de leur imprécision même, qui peut mener aux pires dérapages, en quelque sorte.

Difficile, lorsque nous n'avons pas les outils pour décoder les discours, de savoir qui nous jette de la poudre aux yeux. Brandir des chiffres fait plus sérieux, brandir le poing fait plus sincère. Mais comment savoir, lorsqu'on est dans l'illettrisme ou l'innumérisme, qui dit vrai et qui dit faux? Nous répétons, lors de débats improvisés dans nos salons, des arguments formulés par des «spécialistes» que nous n'avons pas toujours les moyens d'évaluer.

Dans la partie de son essai où Normand Baillargeon critique la «culture générale», il y a cette constatation: «Vous saurez d'emblée, une fois cultivé, ce qu'il faut dire, sentir et penser sur une quantité de sujets. L'indice que vous avez de la culture générale serait alors, en somme, curieux paradoxe, qu'elle vous dispense de penser».

Bref, la culture générale est malheureusement trop souvent une espèce de code qui vous permet de briller dans les sociétés où vous voulez vous insérer. Ce devrait être plus que ça, selon Baillargeon. Cela ne devrait pas nous rendre aussi dociles, aussi désireux d'être accepté dans un groupe, et certainement pas snob. La culture générale devrait plutôt nous transformer, élargir notre vision du monde, nous rendre meilleurs. Pas dans le sens de «meilleur de la gang», mais meilleur comme être humain.

Entendu

« Ça ne va pas si mal: le chaos progresse.»

Victor-Lévy Beaulieu, lors de son discours de remerciements, lundi dernier, à la remise du prix Gilles-Corbeil pour l'ensemble de sa carrière.

par Chantal GUY, La Presse

via LaPresse.ca

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22fév/120

La vocation de libraire à l’ère numérique

Il suffit maintenant de quelques clics pour acheter un livre en ligne. On peut aussi se passer du vénérable objet de papier et lire sur son téléphone, une liseuse ou autre tablette électronique. Mais la surface froide d'un écran ne remplacera jamais l'intelligence et les conseils d'un bon libraire.

Morgane Marvier, libraire depuis six ans à la Librairie Monet, a su qu'elle avait la vocation après un détour par les univers cousins de l'édition et de la bibliothèque. Française, documentaliste de formation, elle est tombée amoureuse du Québec lors d'un premier séjour pour un stage chez un éditeur. Elle est revenue quelques années plus tard avec une idée claire: faire carrière en librairie.

«C'est un métier où l'on apprend tous les jours, dit-elle. Il faut avoir une vaste culture générale et une bonne connaissance de l'actualité. J'aime mon métier pour l'échange avec les clients. C'est une façon de partager ce qu'on aime. Quelqu'un qui me revient en disant avoir adoré le livre que je lui ai conseillé, il n'y a rien de plus génial!»

Elle-même grande lectrice, elle est passionnée de romans policiers, au point de créer un blogue sur le sujet, Carnets noirs. D'ailleurs, il faut avoir un petit côté détective pour être libraire, et aimer fouiller, car ce que le client demande n'est pas toujours évident. Comme cette dame charmante qui cherchait un polar, Les souliers écossais.

«En fait, c'était plutôt Les chaussures italiennes!», raconte la jeune femme en riant.

L'anecdote est révélatrice: les moteurs de recherche ne sont pas près de remplacer la perspicacité humaine.

Un professionnel reconnu

«Un bon libraire est un éclaireur. Il fait faire des découvertes à ses clients. Aujourd'hui, on peut acheter des livres partout: sur l'internet, dans les grandes surfaces, les pharmacies... Pour lutter contre cette concurrence, le libraire doit être créatif et rendre sa relation avec le client importante», dit Isabelle Gaudet-Labine, coordonnatrice à la formation continue au Conseil québécois des ressources humaines en culture (CQRHC).

Sans le libraire, la «bibliodiversité» est menacée, ajoute-t-elle. «Il assure la diffusion de livres de diverses origines, de maisons d'édition, d'oeuvres et d'auteurs moins connus, bref, tout ce qui passe sous l'écran radar des médias de masse. Ce n'est pas un site internet qui peut faire ça».

Avec l'Association des libraires et d'autres intervenants, le CQRHC a mis sur pied un programme d'apprentissage en milieu de travail pour mieux former les libraires qui le désirent et leur permettre d'acquérir davantage de reconnaissance professionnelle. À la fin du programme, les libraires reçoivent un certificat de compétences du ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale. Le CQRHC donne des outils pédagogiques aux libraires expérimentés pour qu'ils deviennent compagnons et transmettent leurs connaissances aux apprentis, sur les lieux de travail.

«Depuis septembre 2007, nous en sommes à 83 libraires certifiés. C'est un résultat quand même satisfaisant pour un métier qui n'avait aucune tradition de formation reconnue au Québec», dit Mme Gaudet-Labine.

Morgane Marvier, elle-même compagnon, a déjà formé quatre apprentis libraires.

«En France, le métier de libraire est clairement reconnu et nécessite une formation académique, dit-elle. Quand on m'a parlé du projet, j'ai accepté tout de suite, car j'ai constaté qu'ici, ce n'était pas aussi reconnu. Le programme permet de répandre le métier partout au Québec. Ceux qui sont passés par le programme vont pouvoir en former d'autres.»

Une formation structurée qui se substitue à la formation «sur le tas», sans que l'on soit obligé de passer par les bancs d'école. Pour obtenir leur certificat, les apprentis doivent maîtriser certaines compétences obligatoires.

Par exemple, ils doivent savoir utiliser toutes les ressources de la librairie et le système de classement des livres, accueillir et conseiller les clients, et être capables d'aménager une aire de vente selon un concept de présentation.

«Ils apprennent en étant confrontés à des situations réelles, dit Morgane Marvier. À la fin de leur apprentissage, on leur demande de créer une grande vitrine thématique. Ils doivent choisir un thème, faire des recherches, commander les bons livres, trouver des objets décoratifs et installer le tout.»

Car s'il transmet la culture, le libraire doit aussi savoir vendre. Il en va de la survie de son commerce.

«Le défi actuel du libraire est de créer un lieu où les gens ont le goût d'aller et où il fait bon passer du temps, dit Isabelle Gaudet-Labine. Il doit organiser des clubs de lecture, des expositions, des rencontres avec les auteurs. C'est aussi cela qui distingue la librairie des autres endroits où l'on vend des livres.»

Caroline Rodgers, collaboration spéciale LA PRESSE

via La Presse.ca

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